La Caverne

Richard Dawkins est intellectuel athée renommé de Grande-Bretagne. Dans un documentaire sur la religion, il s’entretient avec Ted Haggard. Ce dernier est un prédicateur également renommé qui, comme un nombre époustouflant de moralistes doctrinaires américains ces dernières années, fut pris en « flagrant délit de tendresse » (dixit Herbert Léonard) avec un homme. On a aussi dévoilé sa consommation de « crystal meth ».

La confrontation, où Haggard répond à Dawkins avec acrimonie, me rappela La République de Platon. L’Allégorie de la caverne, du Livre VII de La République, présente Socrates exposant à Glaucon la nature du Philosophe par l’allégorie d’hommes prisonniers d’une caverne où ils ne peuvent voir que des ombres, qu’ils prennent pour la vérité. Le Philosophe est celui qui réussi à voir la vérité hors de la caverne, et retourne pour l’apprendre à ses compagnons.

– Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements il souffrira, et l’éblouissement l’empêchera de distinguer ces objets dont tout à l’heure il voyait les ombres.

Que crois-tu donc qu’il répondra si quelqu’un lui vient dire qu’il n’a vu jusqu’alors que de vains fantômes, mais qu’à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste? si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l’oblige, à force de questions, à dire ce que c’est? Ne penses-tu pas qu’il sera embarrassé, et que les ombres qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu’on lui montre maintenant?

Beaucoup plus vraies, reconnut-il. […]

 – Et si, repris-je, on l’arrache de sa caverne par force, qu’on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu’on ne le lâche pas avant de l’avoir traîné jusqu’à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de ces violences? Et lorsqu’il sera parvenu à la lumière pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies?

Il ne le pourra pas, répondit-il; du moins dès l’abord.

Ensuite, l’homme philosophe retourne à la caverne.

– Et s’il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que ses yeux se soient remis (or l’accoutumance à l’obscurité demandera un temps assez long), n’apprêtera-t-il pas à rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu’étant allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n’est même pas la peine d’essayer d’y monter? Et si quelqu’un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils le puissent tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas?

Sans aucun doute, répondit-il.

Ressources:
* Ted Haggard sur Wikipédia (en anglais)
* Richard Dawkins sur Wikipédia (en anglais)
* La République sur Wikipédia
* Texte de l’Allégorie de la caverne
* Platon sur L’Encyclopédie de l’Agora

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~ par liberlogos sur 7 février 2008.

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